Mosquée Salah Bey à Annaba : un témoignage majeur de l’architecture ottomane

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Située dans l’ancienne ville de Bouna, aujourd’hui Annaba, la mosquée Salah Bey est un édifice religieux construit durant la période ottomane.

Il s’agit d’une mosquée jami‘, c’est-à-dire une mosquée où sont célébrées la prière collective du vendredi ainsi que les prières des deux fêtes religieuses.

Elle porte le nom de son fondateur, Salah Bey Ben Mustapha Zermeli, d’origine turque, qui exerça la fonction de gouverneur du Beylik de l’Est, une circonscription administrative.

Par son architecture et son histoire, la mosquée Salah Bey constitue un témoignage remarquable du patrimoine religieux d’Annaba. Son minaret circulaire, sa grande coupole en forme de fer à cheval et ses différents éléments architecturaux témoignent de la richesse de cet édifice hérité de la période ottomane.

Localisation

La mosquée est située dans la partie orientale de Bat’ha Sidi Chérif, dans la ville de Bouna, aujourd’hui Annaba.

Cet édifice islamique remarquable se distingue par son architecture de style ottoman, caractérisée par un minaret circulaire et une grande coupole en forme de fer à cheval entourée d’un ensemble de petites coupoles basses.

Aperçu historique

Construite durant la période ottomane, la mosquée Salah Bey fut édifiée sous l’impulsion de son fondateur, Salah Bey Ben Mustapha Zermeli, gouverneur du Beylik de l’Est.

Elle appartient aux mosquées jami‘, car elle accueille la prière du vendredi ainsi que les prières des deux fêtes religieuses.

La mosquée du Bey durant la période ottomane

La construction fut achevée en l’an 1206 de l’Hégire, correspondant au 12 août 1792, comme l’indique l’inscription conservée sur le mur situé au niveau de شارع القاضي, actuellement شارع بورقعة.

Cet achèvement intervint quelques jours seulement avant la mort de Salah Bey, assassiné par Hussein Bey Ben Hassan Bouhenk en 1792.

Les transformations apportées à la mosquée

Après cet événement, et avec l’arrivée du bey Mustapha Ouznadji à la tête du Beylik de l’Est, plusieurs changements furent apportés à l’édifice. Le nom de Salah Bey fut supprimé et la mosquée prit alors l’appellation de Mosquée du Bey.

La configuration du bâtiment fut également modifiée. En 1796, à la demande de la communauté turque d’Annaba, qui réclamait depuis la construction de la mosquée un usage exclusif du lieu de culte, le bey Mustapha Ouznadji ordonna la démolition du minaret de style maghrébin situé dans l’angle ouest, au niveau de شارع نغره محمد. Ce minaret, de forme carrée, représentait la culture architecturale locale de la population.

Le bey prit également une décision autorisant uniquement les Turcs à accéder à la mosquée. Cette mesure resta appliquée jusqu’à la période coloniale française.

La mosquée sous la colonisation française

En 1832, l’armée française tenta malgré tout de prendre possession de la Mosquée du Bey afin de la transformer en hôpital militaire. Les alliés turcs s’opposèrent à cette décision et proposèrent alors la mosquée Abou Marouane El Chérif comme alternative. Cette proposition fut acceptée par l’administration coloniale.

Afin d’apaiser le mécontentement de la population locale, l’accès à la Mosquée du Bey leur fut de nouveau autorisé pour la prière.

Des bâtiments réquisitionnés pour l’agrandissement de la mosquée

En 1269 de l’Hégire (1853), de nouveaux aménagements furent réalisés dans le cadre du plan d’organisation de la Bat’ha Sidi Chérif, qui prit par la suite le nom de La Place d’Armes, c’est-à-dire la place destinée aux rassemblements militaires.

La façade principale et un portique furent ajoutés à l’édifice. Un niveau inférieur fut également aménagé sous la cour intérieure.

Durant cette période coloniale, l’imam qui dirigeait les prières à la Mosquée du Bey était Sadiq Ben Guita, descendant de l’amiral Raïs Mohamed Ben Guita, enterré à la mosquée Abou Marouane El Chérif.

Sa famille conserve encore aujourd’hui un exemplaire du Coran qu’il a écrit de sa propre main.

Description architecturale

Le minaret

Le minaret de la Mosquée du Bey se distingue par sa forme circulaire, une caractéristique rare dans l’architecture religieuse algérienne.

D’une hauteur de 15,34 mètres, il constitue le deuxième plus ancien minaret de cette forme après celui de la mosquée Sidi El Ketani à Constantine.nIl est également considéré comme le seul minaret de la ville d’Annaba datant de la période ottomane.

Le minaret possède un escalier en spirale qui mène à une galerie circulaire où était effectué l’appel à la prière.

Il est couronné par un toit conique pointu, surmonté d’un jamour métallique composé d’un croissant et de trois sphères symbolisant les lieux saints : La Mecque, Médine et Jérusalem.

La salle de prière

La salle de prière présente un plan rectangulaire. Elle est percée de fenêtres aux couleurs variées et comprend trois nefs perpendiculaires au mur de la qibla.

Ses murs, construits en pierres solides et en ciment, atteignent une hauteur de 6 mètres. Ils sont décorés de zellige aux couleurs blanche, verte et noire, composé de motifs géométriques formés de cercles et de fleurs.

La salle de prière comprend également onze supports de dimensions différentes, ainsi que des colonnes en marbre aux chapiteaux décorés, qui contribuent au soutien de la toiture.

Les coupoles

La toiture de la salle de prière se distingue par un ensemble harmonieux de coupoles.

Elle comprend six petites coupoles disposées autour d’une grande coupole centrale en forme de fer à cheval, d’un diamètre de 6 mètres et d’une hauteur de 4 mètres.

Cette grande coupole possède huit fenêtres ouvertes à sa base.

Les coupoles furent décorées intérieurement en 1855 des peintures réalisées par un artiste nommé Abel de Pujol.

Ces décorations disparurent par la suite et furent remplacées en 2001 ou 2002 par de nouveaux ornements réalisés par un artisan d’origine marocaine spécialisé dans l’art du plâtre.

Le mihrab de la mosquée

Le mihrab occupe une place importante dans la salle de prière. Sa niche présente une forme polygonale à six côtés et est ornée de zellige décoratif.

Il se caractérise par deux colonnes circulaires en marbre blanc, décorées de lignes hélicoïdales noires.Chaque colonne porte un chapiteau en forme de pyramide inversée, aux faces lisses, décoré de deux rangées de feuilles.

Le mihrab est couronné par une demi-coupole, au-dessus de laquelle se trouve une plaque de marbre portant une inscription réalisée en 1880, en écriture thuluth.

L’inscription reprend les versets suivants :

﴿فِي بُيُوتٍ أَذِنَ اللّهُ أَن تُرْفَعَ وَيُذْكَرَ فِيهَا اسْمُهُ يُسَبّحُ لَهُ فِيهَا بِالْغُدُوّ وَالاَصَالِ * رِجَالٌ لاّ تُلْهِيهِمْ تِجَارَةٌ وَلاَ بَيْعٌ عَن ذِكْرِ اللّهِ وَإِقَامِ الصّلاَةِ وَإِيتَآءِ الزّكَـاةِ﴾

Traduction :

« Dans des maisons qu’Allah a permis d’élever et où Son Nom est invoqué, Le glorifient en elles matin et soir des hommes que ni le commerce ni la vente ne détournent du rappel d’Allah, de l’accomplissement de la prière et de l’acquittement de la zakât. »

Sur les deux premières lignes de l’inscription, qui se terminent par une étoile avec un croissant en son centre, figure la date 1880.

La troisième ligne porte l’inscription :

لا إله إلا الله، محمد رسول الله

Traduction :

« Il n’y a de divinité qu’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah. »

La quatrième ligne porte :

الله – محمد

Traduction :

« Allah – Muhammad. »

Le minbar

Le minbar de la Mosquée du Bey est considéré comme l’un des plus anciens minbars d’Algérie. Son âge dépasse deux siècles. Réalisé par les notables de la ville, il est fabriqué en bois peint en rouge et vert.

Sa longueur dépasse 3 mètres et il possède huit marches.

Ses sculptures représentent des motifs floraux ainsi qu’une frise de feuilles entrelacées. Il comporte également des mouqarnas en bois. Il est surmonté d’une coupole en bois et d’un jamour.

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Le minbar dans sa forme originale entre 1848 et 1850

Durant la décennie noire, et en raison du comportement extrémiste de certains jeunes fidèles, le minbar fut détérioré puis séparé en deux parties afin d’en réduire la longueur.

Certains considéraient alors qu’il s’agissait d’un minbar relevant de la bid‘a (innovation religieuse), estimant qu’il coupait le premier rang des fidèles pendant la prière.

Après cette dégradation, il fut abandonné.

La sadda

Véritable tribune surélevée, la sadda de la mosquée est réalisée en bois de cèdre, peint en rouge et vert.

Selon certains historiens, le bach-moueddine (chef des muezzins) montait dans la sadda afin d’effectuer l’appel à la prière et de transmettre la voix de l’imam pendant l’office religieux.

Le patio ou cour intérieure

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Le patio et ses arcs d’origine

La mosquée est précédée d’un patio situé dans l’axe de la salle de prière.

De forme irrégulière, il dépasse une superficie de 80 m² et possède deux accès encadrés par des arcs en retrait, brisés, décorés d’arcs polylobés inspirés du style du palais de la Jafariya en Andalousie.

Certains de ces arcs ont été reconstruits. Ils reposent sur des piliers ornés de chapiteaux en marbre de style ottoman.

Au-dessus de chaque chapiteau se trouve une colonne donnant sur le patio.

Le zellige qui orne le patio présente une fleur ouverte à seize pétales, entourée de quatre grandes feuilles alternant avec huit petites feuilles.

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Chapiteaux en marbre de style ottoman

Au centre du patio se trouve une sabala d’ablutions (point d’eau mis à disposition du public), à proximité d’un élément archéologique en marbre sculpté représentant l’ouverture du puits.

Ce puits atteint une profondeur de sept mètres, où se trouvent les eaux souterraines.

Le niveau inférieur

Situé sous le patio, le niveau inférieur possède deux accès par escaliers, dont l’un donne sur شارع القاضي. Construit en briques et en pierres, son plafond voûté lui permet d’offrir une meilleure résistance.

Cet espace était utilisé comme lieu de stockage et comprend plusieurs galeries latérales. Certains vestiges laissent penser que les travaux d’agrandissement de cet espace n’ont pas été achevés.

Le portique

Construit en 1852 ou 1853, le portique fut conçu par un architecte orientaliste français nommé Bicheron. Inspecteur des bâtiments civils et diplômé de l’École des Beaux-Arts française, il réalisa le portique ainsi qu’une tour dans un style de renouveau de l’architecture islamique, appelé style néo-mauresque.

L’ensemble se distingue par la richesse de ses ornements et par des détails inspirés de l’architecture maghrébine et andalouse.

Le portique précède le patio. De forme rectangulaire, il mesure 40 mètres de longueur et constitue la façade principale de la mosquée.

Il comprend :

  • douze demi-piliers intégrés au mur de la mosquée ;
  • douze piliers ;
  • vingt-quatre colonnes sur le mur extérieur.

Au centre du portique se trouve une tour de forme carrée, d’une hauteur comprise entre 5 et 6 mètres, qui abrite une grande horloge donnant sur la Place d’Armes.

Les bâtiments annexes de la mosquée

La mosquée comprend plusieurs bâtiments annexes entourant le patio.

Ces espaces accueillaient différentes fonctions liées à la vie religieuse et communautaire de l’édifice.

On y trouvait notamment la salle des ablutions située au sud de la salle de prière, ainsi que, au nord du patio, des salles et des pièces destinées à l’enseignement, au logement des étudiants, à l’accueil des imams et des visiteurs, ainsi qu’un tribunal et des salles de cours.

Le classement comme monument historique

La Mosquée du Bey a été classée parmi les monuments historiques nationaux en raison de sa valeur historique et esthétique.

Ce classement a été établi conformément à la décision datée du 4 Chawal 1407 de l’Hégire, correspondant au 1er janvier 1987, publiée dans le numéro 41 du Journal officiel daté du mercredi 14 Safar 1408 de l’Hégire, correspondant au 7 octobre 1987.

Cette décision intervint après l’approbation de la Commission nationale des monuments et sites historiques, lors de sa réunion du 20 mai 1986.

Soutenir la préservation de la Mosquée du Bey

Pour préserver ce monument et cette expression majeure de l’architecture islamique, il est nécessaire de dépasser les divergences doctrinales et idéologiques, et d’unir les efforts humains, matériels et moraux afin de le protéger de la disparition.

La Mosquée du Bey représente une page importante de l’histoire de l’Algérie et de son architecture. Sa valeur patrimoniale ne peut être négligée.

Pour contribuer à la sauvegarde de ce monument, vous pouvez soutenir cette démarche d’entretien et de préservation en effectuant vos dons en nous contactant en commentaires ou depuis notre page Facebook Annaba Patrimoine.

Références

  • Trois mosquées de l’Est algérien, mémoire du professeur Abdelaziz Chahbi, sous la direction du docteur Rachid Bourouiba, Université d’Alger, 1979.
  • Modèle de la mosquée réalisé par l’architecte Senoussi Abdelrazak.

Références complémentaires

  • Revue Africaine – Journal des travaux de la Société historique algérienne, volume 33, année 1889.
  • La Mosquée de Bône, par Alexandre Papier, président de l’Académie d’Hippone, 1890.
  • Annaba. 25 siècles de vie quotidienne et de luttes, tome II, de H’sen Derdour.
  • Archives nationales d’outre-mer, Aix-en-Provence, France.

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FAQ sur la Mosquée Salah Bey à Annaba

Quand la Mosquée Salah Bey a-t-elle été construite ?

La construction de la Mosquée Salah Bey fut achevée en 1206 de l’Hégire, correspondant au 12 août 1792, durant la période ottomane.

Qui a fait construire la Mosquée Salah Bey ?

La mosquée a été construite à l’initiative de Salah Bey Ben Mustapha Zermeli, gouverneur du Beylik de l’Est, d’origine turque.

Pourquoi la Mosquée Salah Bey est-elle aussi appelée Mosquée du Bey ?

Après la mort de Salah Bey en 1792, son successeur Mustapha Ouznadji supprima son nom de l’édifice, qui prit alors l’appellation de Mosquée du Bey.

Quelles sont les particularités architecturales de la Mosquée Salah Bey ?

La mosquée se distingue par son architecture ottomane, son minaret circulaire, sa grande coupole en forme de fer à cheval entourée de petites coupoles, ainsi que par ses décors en zellige, son mihrab et son ancien minbar.

Pourquoi le minaret de la Mosquée Salah Bey est-il remarquable ?

Son minaret circulaire, d’une hauteur de 15,34 mètres, est une caractéristique rare en Algérie. Il possède un escalier en spirale menant à une galerie circulaire destinée à l’appel à la prière.

Quels éléments décoratifs remarquables trouve-t-on dans la salle de prière ?

La salle de prière conserve notamment des décors en zellige aux motifs géométriques et floraux, une grande coupole ornée, ainsi qu’un mihrab en marbre décoré d’inscriptions.

La Mosquée Salah Bey est-elle classée monument historique ?

Oui. La Mosquée du Bey a été classée parmi les monuments historiques nationaux en raison de sa valeur historique et esthétique, conformément à une décision publiée en 1987.

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