Le Cours d’Annaba : histoire et mémoire d’une place emblématique

Au cœur d’Annaba se trouve une place qui incarne à elle seule une grande partie de l’histoire et de la mémoire collective de la ville : le Cours.

Depuis près de deux siècles, cet espace ouvert sur la mer accompagne l’évolution d’Annaba. Tour à tour lieu de promenade, espace de rassemblement, scène culturelle et véritable musée à ciel ouvert, il demeure aujourd’hui l’un des endroits les plus emblématiques de la cité.

Le Cours d’Annaba, un lieu central de la vie annabi

Le Cours est la plus importante place d’Annaba et un véritable repère du centre-ville. Plus qu’un simple espace public, il constitue un lieu de mémoire où se sont déroulés certains des événements les plus marquants de l’histoire de la ville.

C’est notamment sur cette grande place que la population annabi s’est réunie lors de la fête de l’indépendance du 5 juillet 1962, moment historique célébrant la naissance de l’Algérie indépendante.

Plus récemment, le Cours a encore été au cœur de l’actualité lors du Hirak en 2020, mouvement populaire qui conduit au départ du président Abdelaziz Bouteflika.

Mais le Cours n’est pas seulement associé aux grands événements politiques et historiques. Il est également un lieu où se déroulent des manifestations culturelles, artistiques et musicales. Expositions, rencontres et spectacles ont régulièrement animé cet espace, notamment à l’occasion du Festival du film méditerranéen.

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Tapis rouge du festival du film méditerranéen

Sa situation particulière, donnant directement sur le port d’Annaba, contribue également à son caractère unique. La place est bordée de galeries couvertes et se distingue par la présence de ses arbres remarquables, notamment ses célèbres ficus plus que centenaires, devenus au fil du temps de véritables symboles du Cours.

Durant une longue période, le Cours a également constitué un véritable musée à ciel ouvert. Plusieurs œuvres d’art et statues y étaient exposées, faisant de cette place un espace où patrimoine, art et vie quotidienne se côtoyaient.

Les origines du Cours : un espace aux portes de la médina

L’histoire du Cours commence avec l’occupation française de la ville en 1832.

Avant cette période, l’emplacement actuel de la place n’était pas encore intégré à la ville. Il s’agissait d’un terrain vague situé à l’extérieur des remparts de la médina. Bordé au sud par la mer et à l’est par Oued Karrara, cet espace était marqué par la présence d’une douve, un fossé rempli d’eau creusé afin de constituer un obstacle contre les éventuelles attaques.

En 1832, l’armée française prend possession de la ville et de sa forteresse. Dans les années qui suivent, les colons commencent à traverser la Méditerranée pour venir s’installer à Annaba. La médina, qui concentre alors l’essentiel de la population, devient rapidement trop étroite.

Afin de répondre à ce manque d’espace, les militaires français entreprennent l’aménagement des zones situées à l’extérieur des anciens remparts. Des lieux de promenade sont créés grâce à la plantation de grévilleas, des arbustes qui vont transformer progressivement ce terrain en un espace de détente.

Les colons français baptisent alors ce nouvel aménagement « les allées ». Ils traversent la grande porte Bab Leb’har pour venir s’y promener, notamment après l’office du dimanche qui se déroule dans une église aménagée dans une maison arabe située non loin de la rue Louis-Philippe.

Cette tradition de promenade perdure jusqu’aux environs de 1868.

La création du Cours et la naissance de la ville moderne

La transformation du paysage urbain se poursuit ensuite avec la destruction des remparts de la médina par l’armée française à partir de 1860. Cette disparition des fortifications modifie profondément l’aspect de la ville et aura un impact irréversible sur la beauté de la cité fortifiée.

En 1868, la nouvelle église de Bône est construite. Elle devient le premier bâtiment implanté à l’extérieur des anciens remparts. Un square est également aménagé devant l’édifice.

Peu à peu, l’idée d’une grande place publique prend forme. C’est ainsi qu’est créé le Cours, autour duquel va progressivement se développer la ville moderne.

La place connaît plusieurs appellations successives au fil de son histoire. Elle est appelée Cours National, puis Cours Napoléon, avant de devenir Cours Bertagna en 1903, en hommage à l’ancien maire de la ville jusqu’à l’indépendance de 1962. Après l’indépendance, elle prend le nom de Cours de la Révolution, appellation qu’elle conserve officiellement aujourd’hui.

Malgré ces changements de nom, les habitants d’Annaba continuent à l’appeler simplement « le Cours », comme un lieu familier inscrit depuis longtemps dans l’identité de la ville.

L’Hôtel de ville et les arbres centenaires, symboles du Cours

L’aménagement du Cours accompagne progressivement le développement de la ville moderne d’Annaba. En 1888, l’inauguration de l’Hôtel de ville vient confirmer définitivement le rôle central occupé par cette place dans l’organisation urbaine de la cité.

Le square situé devant l’Hôtel de ville constitue alors la partie la plus travaillée du Cours. Avec ses aménagements paysagers et ses espaces de promenade, il devient un lieu privilégié de passage et de rencontre pour les habitants.

Mais ce qui fait encore aujourd’hui la renommée du Cours, ce sont surtout ses arbres remarquables, notamment ses célèbres ficus elastica.

À l’origine, la place était principalement composée de grévilleas. C’est le maire Ferdinand Marchis qui décide, entre 1903 et 1909, de remplacer ces arbres par des ficus. Avec le temps, ces plantations sont devenues de véritables monuments végétaux, témoins silencieux de plus d’un siècle d’histoire annabi.

Parmi eux, le plus célèbre est sans doute le ficus miraculé, situé à l’est de la place. Son histoire est liée à un événement dramatique survenu en 1942, lorsqu’un obus lancé par un avion nazi le percute de plein fouet.

L’explosion provoque d’importants dégâts matériels, notamment la destruction de la sculpture de la Vérité, située à proximité. L’arbre, quant à lui, est complètement déchiqueté par l’impact.

Pourtant, contre toute attente, le ficus parvient à survivre et à se régénérer au fil des années. Cette capacité à renaître après une telle destruction lui vaut son surnom de « ficus miraculé », faisant de lui l’un des symboles les plus attachants du Cours.

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Les sculptures du Cours : un musée à ciel ouvert

Pendant de nombreuses années, le Cours d’Annaba ne fut pas seulement un espace de promenade. Il accueillait également un ensemble remarquable de sculptures qui participaient à son identité artistique.

Ces œuvres peuvent être distinguées en deux grandes catégories : d’une part les sculptures inspirées de la mythologie gréco-romaine, et d’autre part celles représentant des personnalités politiques françaises de l’époque.

Ces statues témoignaient d’une époque où les places publiques étaient pensées comme de véritables lieux d’exposition artistique, mêlant urbanisme, culture et représentation symbolique.

Les sculptures de la mythologie gréco-romaine

La sculpture de la nymphe hydriade

Cette sculpture en marbre représentait une figure féminine tenant un coquillage à la main. Il s’agissait d’une nymphe marine.

Dans la mythologie gréco-romaine, les nymphes étaient des divinités ou des esprits féminins associés aux forces de la nature. Elles étaient généralement représentées sous les traits d’une jeune femme nue.

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Sculpture de la nymphe hydriade

La sculpture de Diane chasseresse

Cette imposante sculpture en marbre représentait la déesse Diane, accompagnée d’un cerf.

Dans la mythologie romaine, Diane possédait le pouvoir lié à la procréation et à la naissance des enfants. Elle devient cependant très tôt la déesse de la chasse.

Une autre représentation de Diane existe également à Annaba, dans un quartier qui porte son nom : le quartier Larzala, qui signifie « la gazelle » en dialecte.

La sculpture Fortune

Cette sculpture en métal représentait Fortuna, déesse de la chance dans la mythologie romaine. Elle était représentée tenant un lampadaire entre ses mains.

La sculpture de la Vérité

La sculpture de la Vérité occupait une place particulière parmi les œuvres du Cours. Elle trouvait son origine dans la Rome du XVIIe siècle. Réalisée par Bernini, elle représentait une femme nue dévoilée, symbole de la vérité révélée.

Cette œuvre fut malheureusement détruite en 1942 lors de l’impact de l’obus qui frappa également le célèbre ficus miraculé.

Les sculptures des personnalités politiques françaises

À côté des figures issues de la mythologie gréco-romaine, le Cours accueillait également plusieurs sculptures représentant des personnalités politiques françaises de l’époque coloniale.

Ces œuvres, installées durant la période de l’occupation française, témoignaient de la volonté d’aménager les espaces publics selon les codes urbains et artistiques de cette période.

La statue du président français Adolphe Thiers

Réalisée en 1880 à Paris, puis transportée à Annaba, la statue d’Adolphe Thiers était une réplique d’une autre statue située à Nancy, en France.

Elle avait été financée par le peintre et entrepreneur Émile Brisset, un émigré lorrain installé à Bône (Annaba), qui avait quitté la Lorraine en 1870 alors envahie par les nazis.

La statue resta sur le Cours jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Elle fut ensuite transférée à Marseille, tandis que son imposant piédestal demeura sur place.

La statue fut finalement transportée à Paris, où elle se trouve depuis 1967, installée place de la Gassotte, à Saint-Savin.

Une anecdote accompagne l’installation de cette statue à Bône. Il est rapporté qu’elle ne suscita pas un grand intérêt auprès des habitants, qui connaissaient peu le personnage représenté.

En revanche, son piédestal impressionna davantage la population. Haut de 4,80 mètres et constitué d’un seul bloc, il était réalisé en pur granit vert provenant de la carrière d’Herbillon.

La statue de Jérôme Bertagna

La statue de Jérôme Bertagna fut inaugurée en avril 1907.

Cette œuvre en bronze, pesant pas moins de 2,5 tonnes et mesurant 2,20 mètres, représentait l’ancien maire de Bône (Annaba), connu notamment pour son rôle dans la construction du port.

Après l’indépendance, en 1962, la statue fut rapatriée par l’armée française. Elle fut placée au dépôt des œuvres d’art avant d’être attribuée à la famille Bertagna, qui la transporta dans sa propriété située dans le Beaujolais.

Plus tard, la famille décida d’en faire don à l’association L’Amicale des Enfants de Bône d’Aix-en-Provence.

Après l’indépendance, une nouvelle sculpture représentant plusieurs personnages fit son apparition sur le Cours. Relevant davantage du domaine des arts plastiques, cette œuvre occupait un espace important face au théâtre.

Cependant, toutes les statues présentes autrefois sur la place ont aujourd’hui disparu.

Malgré cette disparition, le Cours a conservé son rôle de lieu de rencontre et demeure encore aujourd’hui un espace apprécié des artistes, des poètes, des intellectuels et des anciens de la ville.

Il reste également un passage incontournable pour les visiteurs qui viennent y déguster le célèbre créponné, un délicieux sorbet traditionnel au citron introduit par les pieds-noirs italiens.

Les espaces verts du Cours : un patrimoine vivant

Au-delà de son architecture et de son histoire, le Cours doit également sa singularité à la richesse de ses espaces verts.

Ses arbres ont notamment été utilisés pour atténuer l’asymétrie entre la cathédrale et la place, donnant naissance à ce qui est appelé « le petit jardin ».

Celui-ci était composé de sept arbres : trois acacias et quatre ficus elastica, parmi lesquels figurait le célèbre ficus miraculé.

L’un des trois acacias fut par la suite déplacé vers le jardin de la colonne Randon.

Mais le patrimoine végétal du Cours ne se limite pas à ces arbres emblématiques. On y trouve également des mûriers, des palmiers, des chamaerops, des hibiscus ainsi que des pittosporums.

Cette végétation accueille une grande diversité d’oiseaux : moineaux, hirondelles, tourterelles et pigeons.

Leur présence contribue à l’atmosphère particulière du lieu, notamment au moment du crépuscule, lorsque leurs chants participent à l’ambiance unique de cette place historique.

L’arbre de la Liberté et les témoins du passé

Parmi les éléments remarquables du patrimoine végétal du Cours figure un arbre chargé d’histoire : le chêne-liège de l’Edough. Il fut planté le 11 novembre 1919 à la demande de Georges Clemenceau.

Cet arbre, baptisé « arbre de la Liberté », devait symboliser les valeurs associées à cette période.

Sous cet arbre furent installés deux bancs en pierre offerts à la ville par Georges Porteli, un chasseur de panthères.

Ces bancs massifs furent taillés dans le granit d’Herbillon, à Chétaïbi, par un sculpteur bonois. À l’origine, ils avaient été commandés par Porteli père pour son café situé à la porte de la Colonne Randon.

Après son décès, son fils Georges vendit le café et choisit d’offrir les deux bancs à la ville.

Le kiosque à musique du Cours

Une autre curiosité qui participait autrefois à l’identité du Cours était son kiosque à musique.

Cet imposant ouvrage métallique, doté d’une belle toiture, était situé face à l’Hôtel d’Orient. Il accueillait des représentations musicales et des concerts en plein air, contribuant à l’animation culturelle de la place.

À la fin des années 1970, le kiosque à musique connut malheureusement le même destin que l’église. Il fut démoli sur décision du wali de l’époque, Ahmed Ali Ghazali (1974-1979).

Le regard de Pierre Loti sur le Cours d’Annaba

Lors de son passage à Annaba en mai 1880, l’écrivain français Pierre Loti séjourne à l’Hôtel d’Orient et décrit depuis sa fenêtre la place du Cours.

Son témoignage offre une vision précieuse de l’atmosphère qui régnait alors sur cette grande promenade :

« J’ouvre ma fenêtre et je m’appuie au balcon (…) De chaque côté de la spacieuse promenade, de correctes allées d’arbres, des alignements de belles maisons blanches avec de hauts porches aux colonnes rigide et régulières. On a vu cela partout, dans toutes les contrées du monde, la ville moderne ressemble à la ville moderne (…)

Tous ce qui touche de près ou de loin l’islam m’attire, exerce sur moi un charme, et réciproquement aussi les musulmans de tous les pays semblent m’accepter et m’accueillir autrement qu’un autre, comme si j’étais des leurs. »

Bône – Algérie, 14 mai 1880 – Pierre Loti

Le Cours aujourd’hui : un patrimoine à préserver

Aujourd’hui, le Cours demeure l’un des lieux les plus emblématiques d’Annaba. Pourtant, cet espace historique mériterait une véritable mise en valeur à la hauteur de son importance patrimoniale.

Le Cours devrait être classé monument historique. Le traitement actuel de son sol, composé de carreaux de béton datant des années 70-80, ne correspond pas à la valeur de ce lieu. Qui plus est lorsqu’on le compare au forum d’Hippone d’Annaba, construit par les Romains avec une pierre dorée remarquable.

La région d’Annaba possède pourtant de nombreuses carrières de pierres naturelles qui pourraient être valorisées afin de redonner à cette place un aménagement digne de son histoire.

Le mobilier urbain mérite également une attention particulière. Dans les années 1990, Saint-Étienne, ville française jumelle d’Annaba, avait proposé son aide afin de requalifier le Cours à sa charge. Cependant, les élus locaux n’ont pas su profiter de cette offre gracieuse.

Dans les années 2000, un projet de tramway traversant le centre du Cours avait également été proposé par l’État. Cette initiative risquait de transformer profondément l’aspect de la place. Elle fut finalement abandonnée en raison de la crise économique qui frappa le pays.

Il est essentiel d’entretenir le Cours de manière continue, car il reste un lieu incontournable aussi bien pour les habitants que pour les touristes.

Dans les années 1980, il n’était pas rare d’y voir des visiteurs de toutes nationalités immortaliser leur passage avec leur appareil photo, témoignant déjà de l’attrait particulier de cette place.

Aujourd’hui encore, le Cours conserve cette capacité unique à réunir les générations. Il raconte l’histoire d’Annaba et rappelle l’importance de préserver un patrimoine urbain exceptionnel.

Sources

F.A.Q. sur le Cours de la Révolution d’Annaba

Pourquoi le Cours est-il un lieu important dans l’histoire d’Annaba ?

Le Cours est un lieu emblématique où se sont déroulés plusieurs événements majeurs de l’histoire de la ville. Parmi ces évènements, on compte notamment la célébration de l’indépendance du 5 juillet 1962 et les rassemblements du Hirak en 2020.

Quelle est l’origine du Cours d’Annaba ?

L’histoire du Cours commence après l’occupation française d’Annaba en 1832. À l’origine, cet espace était un terrain vague situé à l’extérieur des remparts de la médina. Il est ensuite progressivement aménagé en promenade puis en grande place publique.

Pourquoi les arbres du Cours sont-ils célèbres ?

Le Cours est connu pour ses ficus elastica plus que centenaires, plantés entre 1903 et 1909 sur décision du maire Ferdinand Marchis en remplacement des grévilleas. Le plus célèbre est le ficus miraculé, qui a survécu à l’impact d’un obus en 1942.

Le Cours d’Annaba possédait-il des sculptures ?

Oui. Pendant longtemps, le Cours a été considéré comme un musée à ciel ouvert grâce aux nombreuses sculptures qui y étaient exposées. Elles représentaient notamment des figures de la mythologie gréco-romaine ainsi que des personnalités politiques françaises.

Pourquoi le Cours est-il appelé aussi « Cours de la Révolution » ?

La place a porté plusieurs noms au cours de son histoire : Cours National, Cours Napoléon, puis Cours Bertagna en 1903. Après l’indépendance, elle devient officiellement le Cours de la Révolution, même si les habitants continuent de l’appeler simplement « le Cours ».

Quel écrivain a décrit le Cours d’Annaba ?

L’écrivain français Pierre Loti a décrit le Cours lors de son séjour à l’Hôtel d’Orient en mai 1880. Son témoignage évoque une grande promenade bordée d’arbres et d’élégantes maisons.

1 réflexion sur “Le Cours d’Annaba : histoire et mémoire d’une place emblématique”

  1. artisticdefendor924f51732f

    Et si on si on faisait du cours de la Révolution une place piétoniére ou seul les piettons, le tramway et les cyclistes pourraient passer ? Les véhicules qui sortent pourraient passer par la rue CNRA et ceux qui rentrent passeraient au dessous du pont de la tranchée. La caserne en face du Sheraton qui je crois vas étre déménagée pourrait étre transformée en parking.

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