L’approvisionnement en eau constituait un enjeu essentiel pour une cité antique comme Hippone. Au fil de son développement, la ville romaine s’est dotée d’un important réseau hydraulique destiné à acheminer, stocker et distribuer l’eau nécessaire à ses habitants et à ses différents édifices.

Les fouilles archéologiques ont notamment permis de mettre au jour plusieurs citernes, de dimensions et de formes très différentes. L’aqueduc romain en alimentait directement certaines, tandis que d’autres disposaient de dispositifs permettant également de récupérer les eaux pluviales.
Parmi les principaux réservoirs identifiés à Hippone figurent les grandes citernes d’Hadrien, mais également plusieurs citernes de dimensions plus modestes réparties dans différents secteurs de la cité.
Les citernes d’Hadrien
Les citernes d’Hadrien constituent sans doute l’un des ensembles hydrauliques les plus remarquables d’Hippone. Avec une capacité estimée à 12 000 m³, elles comptent parmi les plus importantes citernes antiques découvertes à ce jour.
Situées sur la colline de Saint-Augustin, au débouché de l’aqueduc romain, elles se présentent sous la forme d’un vaste réservoir mesurant environ 40,25 mètres de longueur sur 17,40 mètres de largeur, pour une hauteur de près de 10 mètres.
L’espace intérieur est organisé en trois nefs voûtées. Deux rangées de piliers, mesurant chacune environ 1,60 mètre de côté, soutiennent les voûtes d’arêtes et structurent l’ensemble du réservoir.
Cette imposante construction témoigne de l’importance accordée à la maîtrise et au stockage de l’eau dans la ville antique.


Une citerne restaurée pour alimenter Bône
Bien que construites durant l’Antiquité, les citernes ont continué à jouer un rôle dans l’histoire hydraulique de la ville bien après la période romaine.
En 1893, elles furent restaurées afin de contribuer à l’alimentation en eau de la ville de Bône, l’actuelle Annaba.
Cette réutilisation d’un ouvrage hydraulique antique illustre la pérennité de certaines infrastructures d’Hippone, dont les caractéristiques permettaient encore, des siècles plus tard, d’envisager une utilisation adaptée aux besoins de la ville moderne.




Extraits de la revue Les Chantiers nord-africains, parue en juillet 1932.
Deux citernes en béton de cailloux
Deux autres réservoirs, découverts en 1936, ont également été identifiés sur le site d’Hippone. Leur localisation précise n’est toutefois pas encore établie. Leurs parois sont revêtues d’un béton fin, tandis que leur partie supérieure est recouverte d’une mosaïque composée de fragments de briques.
Ces deux citernes présentent une particularité architecturale : leurs extrémités sont arrondies et prennent la forme de demi-cylindres verticaux. Leurs dimensions sont les suivantes :
- Profondeur : 1,40 m
- Longueur : 1,60 m
- Largeur : 0,80 m
La citerne dite « de forme bizarre »
Découverte au cours des fouilles menées en 1929, cette citerne se distingue par une configuration inhabituelle, qui lui a valu la dénomination de citerne « de forme bizarre ». Elle possède à l’une de ses extrémités un orifice d’évacuation circulaire. Ses angles, aussi bien supérieurs qu’inférieurs, sont arrondis et son intérieur est recouvert d’un enduit au ciment.
Ses dimensions sont relativement modestes :
- Longueur : 4 m
- Largeur : entre 0,60 et 0,75 m
- Profondeur : 1,40 m
La forme particulière de ce réservoir témoigne de la diversité des dispositifs de stockage de l’eau présents à Hippone.


Les citernes du Quartier chrétien
D’autres citernes ont été découvertes dans le secteur correspondant au Quartier chrétien, à proximité de la basilique chrétienne.
De forme rectangulaire, elles présentent les dimensions suivantes :
- Longueur : 4,20 m
- Largeur : 1,14 m
- Profondeur : 4 m
Leur proximité avec les édifices religieux du quartier rappelle l’importance de l’approvisionnement en eau dans les différents espaces de la cité, y compris dans les secteurs occupés par les communautés chrétiennes d’Hippone.
La citerne du monument des Dii Consentes
Une autre citerne a été identifiée au niveau du monument des Dii Consentes. De forme rectangulaire, elle s’appuie contre l’un des murs de la façade du monument. Elle mesure environ :
- Longueur : 16 m
- Largeur : 5 m
Ses dimensions importantes montrent que les capacités de stockage de l’eau pouvaient varier considérablement selon les secteurs et les besoins auxquels les réservoirs étaient destinés.
La citerne du musée
Le jardin de l’actuel Musée d’Hippone à Annaba comporte également une autre citerne. En effet, un puits situé dans le jardin permet d’yaccéder. Cela témoigne une nouvelle fois de la présence de structures hydrauliques souterraines encore conservées dans le secteur du site antique.

Un réseau hydraulique essentiel à la vie d’Hippone
Les différentes citernes découvertes à Hippone témoignent de la complexité du système d’approvisionnement en eau de la cité.
Des immenses réservoirs des citernes d’Hadrien aux petites structures découvertes dans les différents quartiers, ces ouvrages répondaient à un même besoin : stocker et gérer une ressource indispensable à la vie urbaine.
Ils constituent aujourd’hui des témoins particulièrement précieux de l’ingénierie hydraulique antique à Hippone et permettent de mieux comprendre l’organisation et le fonctionnement de l’une des grandes cités de l’Afrique romaine.
Références
- Hippone, Xavier Delestre
- Revue Les Chantiers nord-africains, juillet 1932.











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