Le château Chancel, également appelé château de l’Ouenza, se dresse sur les hauteurs du quartier de Beni M’hafer, sur la route de Seraïdi, dans le massif de l’Edough.
Ce monument est particulièrement remarquable par son architecture. Il constitue en effet un exemple rare en Algérie du style italianisant, ou Italianate, un courant architectural né en Angleterre au début du XIXe siècle. Ce courant est largement inspiré de l’architecture de la Renaissance italienne. Apparue vers 1802, cette esthétique se diffusera ensuite dans toute l’Europe, en Amérique et, dans une moindre mesure, au Maghreb.

L’histoire du château reste toutefois entourée de nombreuses incertitudes. Sa construction remonterait aux années 1920 ou 1930, sans que sa date exacte soit aujourd’hui connue. Il appartenait alors à la Société des mines de l’Ouenza. Selon certains habitants, il aurait été édifié sur les vestiges d’une construction plus ancienne datant de l’époque ottomane. Mais cette hypothèse reste à confirmer.
Un nom dont l’origine reste mystérieuse
L’origine du nom « Chancel » demeure elle aussi incertaine.
Une hypothèse voudrait qu’il soit lié aux nombreuses balustrades qui ornaient autrefois le bâtiment. Le mot chancel serait issu du latin cancelli, qui signifie « barrière » ou « balustrade ». Cette explication reste cependant une simple hypothèse et aucune source connue ne permet, à ce jour, de l’établir avec certitude.


De résidence à hôpital militaire
Le château a connu plusieurs vies au cours de son histoire.
Dans les années 1930, il aurait d’abord servi de résidence au directeur de la Société de l’Ouenza. Quelques années plus tard, la Seconde Guerre mondiale va lui donner une toute autre fonction.
À partir de 1943, le bâtiment est transformé en hôpital militaire, après que l’ancien hôpital, installé dans les locaux de la mosquée Abou Marouane, a été bombardé par l’aviation allemande.
Le château conservera cette fonction jusqu’à la construction de l’actuel hôpital civil Ibn Rochd, en 1960.
Il est alors reconverti en caserne militaire et accueille la 252e CCR, entre 1960 et 1962.



Du refuge à l’abandon
Après l’Indépendance, en 1962, le château accueille dans l’urgence des réfugiés algériens revenus des camps et des lieux d’exil situés près des frontières tunisiennes.
De nombreuses familles se retrouvent alors regroupées dans un bâtiment qui n’avait évidemment pas été conçu pour accueillir une telle population. Cette occupation contribue progressivement à sa dégradation.
Une légende urbaine raconte même que le château était hanté. Peut-être cette histoire n’était-elle qu’une manière, consciente ou non, de préserver un lieu déjà fragilisé et de tenir les curieux à distance.
Le château est finalement pillé puis incendié en 1970. Il sera ensuite racheté par un particulier.
Une longue réhabilitation
Depuis son acquisition, le nouveau propriétaire entreprend de réhabiliter progressivement le château, malgré des difficultés considérables.
L’absence d’entreprises spécialisées dans la restauration du patrimoine, le manque d’artisans qualifiés, le coût important des travaux et l’absence de subventions rendent l’entreprise particulièrement difficile.
Pourtant, le propriétaire poursuit son travail et redonne peu à peu vie au bâtiment.
En 1991, le château est transformé en hôtel. L’établissement comprend alors une salle polyvalente ainsi qu’une piscine. Une extension est également construite à proximité du bâtiment historique.


L’architecture du château
Le château Chancel constitue une œuvre architecturale rare en Algérie. Son style italianisant se reconnaît à plusieurs éléments caractéristiques, auxquels s’ajoutent quelques influences anglaises.
Une toiture caractéristique
Le bâtiment possède un toit débordant à faible pente, soutenu par des aisseliers, ou consoles, en bois qui participent à la structure de la charpente.
Des corniches richement travaillées
Les façades sont ornées de corbeaux en bois et de corniches, accompagnés d’une frise en céramique située au niveau de la corniche.

Des ouvertures aux formes élégantes
Les fenêtres et les portes présentent des frontons circulaires, accompagnés d’un couvrement en brique formant un arc segmentaire, avec ou sans écoinçon.
Des fenêtres étroites et jumelées
Au niveau de l’entrée, des fenêtres étroites et jumelées sont agrémentées de reliefs décoratifs qui renforcent le caractère monumental de la façade.
Un étage noble
Le premier niveau constitue l’étage noble. Ses fenêtres sont plus hautes et plus larges que celles des autres niveaux.
Dans ce type d’architecture, cet étage accueille généralement les pièces de réception ainsi que les chambres réservées aux invités de marque.
Une tour inspirée des campaniles italiens
Le bâtiment est surmonté d’une tour ornementale évoquant un campanile italien, élément particulièrement remarquable de sa silhouette.
Un belvédère en bois
Le château possédait également un remarquable belvédère en bois, conçu comme une table d’orientation offrant une vue panoramique sur la ville.
Orienté vers Annaba, cet ouvrage était orné de balustrades et porté par des poteaux sculptés. Il était également doté d’un système de pannes radio-concentriques.
Une ancienne loggia en façade arrière
Sur la façade postérieure se trouvait une loggia avec balustrades et poteaux en bois.
Ces éléments ont malheureusement disparu et ont été remplacés par une structure en béton.
Une touche anglaise
Les angles du bâtiment sont soulignés par des parements alternant pierres et briques rouges. Ce traitement apporte à l’ensemble une touche anglaise, qui vient compléter l’inspiration italianisante du château.
L’intérieur du château
Au fil de sa restauration, le propriétaire a également apporté au château une touche d’inspiration mauresque, notamment avec un plafond coloré orné d’étoiles d’Andalousie.

L’escalier en bois constitue quant à lui l’un des témoignages les plus intéressants de l’histoire mouvementée du bâtiment.
Afin de le restaurer, le propriétaire a eu l’idée de récupérer des poteaux en bois provenant du château, retrouvés abandonnés aux alentours, et de les réemployer pour réaliser les balustres et les têtes de départ de l’escalier.
Malgré cette restauration, le bois porte encore les traces de l’incendie de 1970, visibles derrière le vernis.
Les souvenirs d’un ancien peintre
Pour tenter de retrouver l’atmosphère du château avant ses différentes transformations, le témoignage d’un ancien peintre ayant travaillé dans le bâtiment, Monsieur Hoff, apporte un éclairage précieux :
« Avant l’arrivée de la CCR, le bâtiment était un hôpital militaire. Les grandes pièces du rez-de-chaussée faisaient office de salles d’opérations et de soins ; elles étaient peintes en bleu-roi. Paraît-il que cette couleur “chassait les mouches”… Par la suite, les murs ont été repeints d’une couleur claire. À l’entrée, le bureau du Capitaine et l’escalier le jouxtant étaient d’un style particulièrement soigné et bien conservé. »
Ce témoignage permet d’imaginer, derrière les murs transformés au fil des décennies, l’organisation et l’apparence du château lorsqu’il accueillait encore l’hôpital militaire.
Un patrimoine à préserver
Au cours de son histoire, le château Chancel a accueilli de nombreuses personnalités internationales, dont certaines auraient exprimé leur admiration pour son architecture.
Résidence, hôpital militaire, caserne, lieu d’accueil pour des familles réfugiées, puis hôtel : le bâtiment a traversé près d’un siècle d’histoire en changeant plusieurs fois de fonction, sans jamais perdre complètement son identité.
Par son architecture exceptionnelle, mais aussi par les nombreuses pages de l’histoire d’Annaba auxquelles il est associé, le château Chancel mérite aujourd’hui d’être pleinement reconnu et mis en valeur.
Son architecture italianisante, rare en Algérie, ainsi que les traces de ses différentes vies en font un élément important du patrimoine bâti de la région d’Annaba. Son classement au titre des monuments nationaux permettrait de mieux assurer sa protection et sa transmission aux générations futures.
Remerciement
Un remerciement particulier à la famille Benhassine, à Messieurs Jean Jourdain, Bernard Gassiot et Ibrahim Guerfi, ainsi qu’à Mademoiselle Myriam Hameurlain, pour leur précieuse contribution. Elle a permis la rédaction de cet article.












il parait que mes aieux ont habité ce chateau…
Bonjour,
Pourrai-je vous demander, durant quelle période vos aieux y ont habité ?
Cordialement